Des outils pour entreprendre #2 : financer son projet

Dans notre article précédent, nous avions listé les outils nécessaires pour partir en quête de votre business model : comment tester sa proposition de valeur, construire son premier MVP, apprendre de votre client…

Nous proposons, aujourd’hui, une clarification des différents circuits de financement qui vont vous permettre de mener à bien les premières étapes de votre projet. En effet, il est fort possible qu’une fois développé votre premier MVP, et réussi à convaincre des early adopters, vous commenciez à éprouver les limites du bootstrapping (le fait de développer le projet sur ses fonds propres). Vous avez besoin de développer votre force de frappe, d’investir, d’embaucher (et peut-être de vous payer aussi !). Il est temps de se financer !

Chez EPIGO, nous faisons le constat que le parcours du financement d’une startup en France est difficile car il s’inscrit dans un écosystème complexe avec un nombre d’acteurs important et de nature variée. De notre expérience, il existe quasiment autant de parcours possibles que de startups.

Alors, loin des millions levés par les startups à succès et autres licornes, nous vous proposons un panorama concret des enjeux des premières opérations de financement de votre startup durant la phase d’amorçage.

Les objectifs de la phase d’amorçage (et donc des premiers financement) sont les suivants :

  • construire une première version de votre produit ou service ;
  • bâtir une petite base de clients/utilisateurs ;
  • effectuer les premiers recrutements.

Les startups font normalement peu ou pas de chiffre d’affaires lors de cette phase. Ce n’est donc pas le moment le plus facile pour se financer !

1/ Combien vous faut-il et pourquoi ?

Il faut garder en vue que les investisseurs ont besoin d’être convaincus autant par vous-mêmes, que par votre projet et les objectifs que vous vous fixez à plus ou moins long terme.

Avant d’aller chercher des financements, il faut se demander si vous avez vraiment besoin d’argent, et si oui, quelle sera son utilité première ? Est-ce pour le développement d’une plateforme ? Pour du recrutement ? Lever des fonds va vous prendre beaucoup de temps, il est donc essentiel que cela corresponde à une nécessité forte pour votre projet !

Pour cela, vous devez rédiger un business-plan et vous aider de votre prévisionnel financier pour avoir une idée globale de vos dépenses et de vos besoins sur les prochains mois. La partie financière de votre Business Plan doit comprendre un :

  • plan de financement prévisionnel ;
  • compte de résultat prévisionnel ;
  • plan de trésorerie prévisionnel ;
  • seuil de rentabilité prévisionnel.


Il faut noter, qu’en plus du business plan, vous devez être capable de faire un pitch et une présentation de votre projet. Le pitch doit durer autour de trois minutes et présenter dans les grandes lignes l’ensemble de votre business model. Vous pouvez également utiliser la vidéo pour être encore plus percutant et montrer un aperçu de votre MVP (voir article #1).

2/ Sur quelle valorisation allez-vous lever des fonds ?

La valorisation est un sujet vaste et complexe pour une jeune entreprise. Il s’agit de savoir, in fine, quelle part de votre entreprise vous allez céder en échange des fonds qui vous seront alloués (à quel prix vous allez vendre les parts de votre boîte). Il existe une multitude de méthodes permettant d’approcher la valeur d’une entreprise d’une manière rationnelle.

S’agissant d’une startup en amorçage la plupart de ces méthodes ne sont pas opérantes.

Valorisation pre-money et post-money

Premier point essentiel, il faut comprendre la différence entre la valorisation en pre-money et post-money.

  • La valorisation pre-money est celle de la startup avant l’investissement
  • La valorisation post-money représente la valeur de l’entreprise à la suite de l’investissement envisagé


Valorisation pre-money = valorisation post-money — le montant levé

Exemple : un investisseur offre à un entrepreneur d’investir 100 € dans son entreprise dont il établit la valeur à 400 €.

Valeur pre-money : l’entrepreneur considère que son entreprise :

  • a une valeur pré-investissement de 400 €
  • que son entreprise aura une valeur post-investissement de 500 € (400 € + 100 € = 500 €)
  • et qu’il lui offre donc d’acquérir 20 % des actions de son entreprise qui aura une valeur post-investissement de 500 € (100 €/500 € = 20 %)


Valeur post-money : l’investisseur comprends que l’entreprise :

  • aura une valeur post-investissement de 400 €
  • sa valeur actuelle est de 300 €
  • et qu’il offre donc à l’entrepreneur d’acquérir 25 % des actions de son entreprise (100 €/(300 € + 100 €) = 25 %).


Il est primordial de comprendre la différence car elle peut être source de malentendu sur le montant investi et la part de capital correspondant, notamment lorsque la startup s’adresse à des investisseurs.

Comment calculer sa valorisation pre-money ?

Plusieurs méthodes existent. Chez EPIGO, nous proposons la méthode créée par Dave Berkus car elle nous semble accessible au plus grand nombre et qu’elle permet rapidement d’avoir un aperçu de la valeur de sa société.

Aperçu de la méthode :

La méthode consiste d’abord à observer le montant maximum pratiqué sur un ensemble de deals avec des startups comparables à la vôtre.

Dans le secteur du numérique, que nous connaissons bien, la valorisation maximale actuelle d’une startup early stage tourne autour de 2 millions d’euros.

La méthode Berkus propose 5 critères pour évaluer son projet.

Pour une valorisation maximale à 2 millions, on obtient 400 000 € maximum par critère.

Chez EPIGO, chaque critère est évalué entre 1 et 10. Une fois la notation effectuée, on fait la somme des points obtenus, et on les multiplie par 40 000 (400 000 /10). On obtient ainsi une idée de la valorisation.

Exemple de startup accompagnée
  • L’idée n’était pas très innovante car elle existait déjà, c’est simplement la zone géographique qui changeait (4/10) ;
  • le MVP était efficace mais connaissait quelques bugs (3/10) ;
  • l’équipe fondatrice comportait 2 personnes, dont l’une n’était pas à 100% sur le projet, il y avait donc un déséquilibre dans l’équipe (2/10) ;
  • ils n’avaient pas de partenaires stratégiques (1/10) ;
  • le niveau de traction était encore à valider, on avait encore qu’une faible idée de l’importance de la traction du projet (2/10).


Cette méthode nous a permis d’établir une valorisation cible avant que la startup n’aille rencontrer des financeurs. La valorisation pre-money de 480 000 € a été confirmée par l’investisseur (son estimation était à 450 000 €).

Vous pouvez effectuer une auto-évaluation de la manière suivante :

  • Votre idée. Si elle est très innovante et inexistante sur le marché à la suite de vos recherches, vous pouvez vous mettre une note entre 7 et 10. Si elle existe mais n’est pas exploitée de manière efficace : entre 4 et 7. Si elle existe mais qu’elle est pas présente dans votre zone : 1 à 4.
  • Le MVP : un MVP terminé et qui fait ses preuves : 7 à 10. Si vous n’avez pas terminé ou qu’il rencontre des bugs : 4 à 7. Si vous avez une ébauche ou que vous n’avez pas une idée claire de la manière dont vous allez le faire tester : 1 à 4.
  • Qualité de l’équipe fondatrice. Dépend du nombre de personnes et de leurs complémentarité et affinités. Il faut également prendre en compte les compétences de chacun en fonction du domaine d’activité. La note augmentera en fonction de ces critères.
  • Les partenaires stratégiques. Si vous avez déjà des partenaires ou clients qui sont prêts à vous solliciter : 7 à 10. Si vous avez déjà une liste de partenaires clés, plus ou moins faciles à solliciter, 4 à 7. Si vous n’en avez pas identifié, ou difficiles à contacter : 1 à 4.
  • Niveau de traction : dépend de la taille du marché, ou de la zone de chalandise si elle existe. Plus la traction est forte et plus la note sera élevée.


Attention ! La valorisation d’une startup est loin d’être une science exacte ! Vous pouvez tenter de recouper vos estimations avec celles d’experts ou d’entreprises comparables. Et, ne soyez pas surpris si, lors de la levée, vos investisseurs produisent une valorisation différente. Sachez que dans tous les cas leur méthode n’est pas plus rationnelle que la votre puisqu’il s’agit d’un pari sur l’avenir.

Une fois vos objectifs définis, votre pitch rodé, votre valorisation effectuée, vous allez devoir aller frapper aux bonnes portes… Dans la suite de cet article, nous verrons auprès de qui aller chercher vos premiers financements et comment vous adresser aux VCs.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin