On dit souvent que la transformation d’une organisation est affaire de grande conviction et de clarté. Mais, déterminer la bonne direction peut impliquer un mode de fonctionnement bien opposé au leadership.

« Le renard connaît beaucoup de choses, mais le hérisson connaît une grande chose ». C’est de cette parabole qu’Isaiah Berlin, un philosophe anglais du milieu du XXe siècle, est parti pour élaborer une théorie qui a connu un grand succès. Selon celle-ci, il existerait 2 types de personnalités :

  • Les Hérissons qui voient le monde à partir d’une règle simple, centrale
  • Les Renards qui, eux, ne résument jamais l’ensemble des expériences à une idée simple

On pourrait ainsi répartir les écrivains, les penseurs, mais aussi tout un chacun selon cette dichotomie.

Certains hommes politiques peuvent par exemple être décrit comme des hérissons :

« Ben Gourion (…) n’était pas un intellectuel. Loin de là. À mon sens, c’était un paysan visionnaire. Il y avait chez lui quelque chose de primitif, d’un autre âge. Une spontanéité biblique, une volonté pareille à un rayon laser. Dans sa jeunesse, à Plonsk, en Pologne orientale, il était mû par deux idées fixes : les juifs devaient rétablir leur patrie sur la terre d’Israël, et il était celui qui devait les guider. Il n’en a jamais dévié. Il y a subordonné toute chose.

C’était un homme honnête et féroce, et comme la plupart des idéalistes le prix à payer importait peu. Ou peut-être avait-il à cette question une réponse toute prête : ça coûtera ce que ça coûtera. »

Et quelqu’un comme Tolstoi, quand il réfléchit aux causes qui expliquent l’histoire, le fait en Renard :

« Quand une pomme est mûre et qu’elle tombe, pourquoi tombe-t-elle ? Est-ce parce que son poids l’entraine vers la terre, pace que sa queue s’est desséchée, parce que le soleil l’a brûlée, parce qu’elle est devenue trop lourde, parce que le vent l’a secouée, est-ce parce que le gamin qui se tient au pied de l’arbre a envie de la manger ?

Rien de tout cela ne constitue la cause. Il n’y a là qu’une concordance des conditions dans lesquelles s’accomplit tout événement vital, organique, élémentaire. »

Au-delà de cette catégorisation, la parabole du Renard et du Hérisson est particulièrement intéressante par l’ajout fait par Philippe Tetlock. C’est un universitaire américain à la tête d’un projet de recherche de long terme sur les capacités de prédictions des experts. Après 18 ans d’analyse de 28 000 prédictions, réalisées par 284 experts, il est arrivé à des conclusions essentiellement négatives : les libéraux ne sont pas meilleurs en prédiction que les conservateurs, les optimistes que les pessimistes… En revanche, une tendance a émergé : les experts qui pensent comme des hérissons, selon des théories claires et simples sont largement plus audibles mais bien moins bons en prédictions que les renards, plus sceptiques et parcimonieux !

Conclusions ? Une transformation doit être communiquée de manière convaincante, à la manière du hérisson. En revanche, quand il s’agit de déterminer les tendances à suivre ou de sélectionner qui écouter, mieux vaut se méfier des personnes aux théories trop englobantes : le futur n’est jamais aussi simple que ne le sont les messages bien communiqués du hérisson !

Sources :

  • The Hedgehog and the Fox: An Essay on Tolstoy’s View of History d’Isaiah Berlin
  • On Grand Strategy de John Lewis Gaddis
  • Une histoire d’amour et de ténèbres – Amos Oz pour l’illustration (p. 717)
  • Sur Philippe Tetlock
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